Interviews de dirigeants

La voiture de demain roulera au big data

Pascal Brier_Directeur général adjoint en charge de la stratégie de l'i (002) 2

Le big data, bientôt le moteur de vos voitures ? Face à la croissance exponentielle des données générées par l’automobile connectée, à quels enjeux font face les constructeurs ? A quoi ressemblera l’automobile du futur ? Réponse de Pascal Brier, Vice-Président d’Altran.

D’où viennent les données ?

Pourquoi le big data devient si important dans le secteur automobile ? Pour Pascal Brier, quatre raisons principales expliquent la multiplication des données dans les véhicules. D’abord, le passage d’une propulsion thermique à une propulsion électrique. Ensuite, le développement des voitures autonomes. « On a commencé par le footless des régulateurs de vitesse. Le handless permet maintenant sur certaines portions d’autoroute de conduire sans les mains, et le eyeless, sans les yeux. Progressivement, des acteurs comme Google avec la Google Car ou Daimler avec le F015 Luxury of Motion nous emmènent vers le mindless, c’est-à-dire une conduite totalement assistée. On estime qu’à horizon 2020, 30% des voitures produites auront une part d’autonomie. » Cette voiture qui s’autonomise est aussi de plus en plus connectée. « Informations sur la route, météo, état du véhicule ou comportement du pilote : le nombre d’informations générées par les capteurs des véhicules sont monumentales ». Enfin, la révolution des modes de production. « Des acteurs comme Tesla nous ouvrent la voie de l’usine 4.0. Elle est robotisée, connectée au cloud et utilise les dernières méthodes d’impression 3D ».

Constructeurs, véhicules, conducteurs : de la data pour tout le monde

Multiplication des données, certes, mais pour quoi faire ? Selon Pascal Brier, les informations fournies par le big data servent à la fois aux constructeurs, aux voitures et aux conducteurs. Côté constructeur, elles peuvent par exemple faciliter les rappels de produit. « Grâce à un système de notification sur le tableau de bord, 60 millions de véhicules ont déjà été rappelés aux Etats-Unis, leurs faisant ainsi économiser des millions de dollars de campagnes de communication ». Pour les voitures, les informations fournies par le big data contribuent à améliorer l’utilisation de chaque pièce : moteurs, pneus, plaquettes de frein sont analysés en temps réel pour ensuite être optimisés chez le garagiste ou en usine 4.0 etc. Enfin, le conducteur gagne en sécurité et en expérience de conduite : informations sur l’état de la route et du véhicule, trafic en temps réel etc. « Avant, la data n’analysait que le passé. Aujourd’hui, avec l’analytique, le prédictif et le préventif, on peut s’en servir pour trouver quantité de solutions qui améliorent toute l’industrie automobile ! »

Une question reste cependant à régler, celle de la propriété des données. « Comme pour toutes les industries impactées par le big data, la question de la propriété des données est compliquée et est loin d’être réglée pour le moment. Des batailles sont en cours, comme par exemple entre Google et les utilisateurs de l’application Waze qui souhaitent être rémunérés pour les informations qu’ils communiquent. D’autres point seront également à éclaircir, comme les ajustements possibles des abonnements des assureurs en fonction des comportements de conduite remontés par les datas du véhicule ».

La voiture du 21ème siècle, un « smartphone on the wheel »

« La voiture du 21ème siècle devient un service » prévient Pascal Brier. Ultra-connecté grâce à son smartphone, le conducteur ne veut plus être coupé du monde extérieur au volant dans son véhicule. « La révolution big data est en train de changer radicalement le métier des constructeurs. Il y aura ceux-qui s’adaptent et innovent, et ceux qui resteront au bord de la route ». Pour Pascal Brier, ce futur « smarthphone on the wheel » (portable sur roues) permettra aux constructeurs d’être en contact permanent avec les conducteurs et leur passagers. « Bientôt, on mettra son véhicule à jour chez le concessionnaire comme on met à jour une application de son smartphone. Pour les départements marketing, cela offre d’innombrables possibilités de réinventer son offre pour satisfaire toujours plus les nouveaux besoins de ses utilisateurs ».

Le secteur automobile qui a longtemps fonctionné en mode privé doit donc se rapprocher des modes standards « cloud » des smartphones. Aujourd’hui des constructeurs comme Ford et Toyota s’intéressent à la plateforme Microsoft, tandis que d’autres se tournent vers Android ou Google. Afin d’accompagner ses clients dans leur traitement des datas, Altran a développé sa propre plateforme IoT. Baptisée VueForge, ce logiciel embarqué apporte de l’intelligence à la voiture en collectant, transportant et transformant en informations puis en services les données collectées. « C’est une véritable usine à distribuer de l’information » s’enthousiasme Pascal Brier. Afin de muscler cette offre VueForge, la société a également acquis Tessella, une entreprise britannique de conseil en analyse et science des données de plus de 220 personnes, essentiellement des data scientists capables de créer des algorithmes prédictifs à partir de données brutes. « La plus-value des constructeurs automobiles de demain ne sera plus dans la puissance des moteurs ou l’éclat des jantes, mais bien dans le nombre de services qu’ils sont en mesure de délivrer. Nous les accompagnons dans cette transformation ».

La route du big data n’en est qu’à ses premiers kilomètres…