Interviews de dirigeants

LBOs, introduction en bourse et cession à Capgemini : l’épopée Prosodie

georges-croixEx-PDG du groupe Prosodie, après une introduction en bourse et un LBO monté en moins d’un mois, Georges Croix vient de co-fonder Digital Dimension avec le groupe Econocom. Il revient sur les stratégies actionnariales qui font son succès.

« Pour être indépendant, il faut s’entendre sur un projet »

« Tout petit déjà, j’avais une certaine volonté d’indépendance… et beaucoup de problèmes avec l’autorité ». Georges Croix a gardé de ses années d’enfance une exigence : conserver sa liberté « vis-à-vis des actionnaires, des banques et des clients ». Pour ce PDG autodidacte, l’indépendance vient de ce que tous les partenaires arrivent à se mettre d’accord sur un projet et que le rôle des uns et des autres est clairement défini. Ce projet est d’abord capitalistique : des investisseurs s’entendent avec un opérationnel sur des objectifs précis. « Aujourd’hui, je suis associé au groupe Econocom, mais le projet a été conçu autour de moyens qui garantissent mon indépendance ».

L’indépendance, par exemple, de choisir ses collaborateurs, que Georges Croix associe fortement au projet. « Je crois en l’exemplarité du chef d’entreprise : en général, je suis le premier arrivé et le dernier parti ». L’autre face de l’indépendance, c’est la responsabilité – celle du PDG et de ses équipes. « Monter un LBO oblige à définir le niveau de rentabilité de l’entreprise. Si on investit dans une offre mais qu’elle ne rapporte pas assez, c’est un problème. Le savoir responsabilise les gens ».

L’épopée Prosodie 

Avec le groupe Prosodie, Georges Croix a vécu deux LBOs, une IPO et une cession à un corporate. Premier LBO pour créer Prosodie à partir de la fusion de deux SSII fondées par Georges Croix et de la société SJT, un partenaire opérationnel. Son objectif : lancer le premier opérateur télécom indépendant. « Pour cette opération, nous avons mené un LBO dont Apax Partners était l’un des acteurs, aux côtés d’ABN AMRO. J’ai été assez séduit par leur approche : ils apportent de la valeur ajoutée à travers leur expertise financière, mais ils ne le font pas de manière vindicative. Ils sont dans l’accompagnement ». En 1998, Prosodie s’introduit en bourse. « Nous avons remboursé le LBO en quelques mois et récolté de l’argent pour financer notre programme d’acquisitions en France et à l’étranger ».

En 2006, l’actionnaire principal de Prosodie décide de partir à la retraite. Georges Croix a alors un mois pour se positionner. « J’ai travaillé sur un cahier des charges expliquant comment je voyais la croissance du groupe, ainsi que l’aspect capitalistique des choses ». Pour « garantir son indépendance opérationnelle », il souhaite mener l’OPA avec un fonds d’investissement.  Il en consulte cinq et choisit Apax Partners. « Apax Partners m’a apporté un écosystème pour prendre du recul, rencontrer des gens, ouvrir des portes… toujours dans le souci de contribuer à la réflexion ».

Prosodie quitte donc la bourse. Georges Croix se dit content de s’affranchir des contraintes de l’actionnariat coté. « Si le positionnement n’est pas clair pour les analystes, c’est très compliqué. Nous étions perçus à la fois comme un opérateur télécom et une société de services. Par conséquent, dès que le secteur des télécoms ou des prestations informatiques plongeait, notre cours baissait – et ce alors même que nous affichions de la croissance et des bons taux de rentabilité ».

Après la bourse, le LBO, que Georges Croix a voulu prudent. « A l’époque, les LBOs étaient faciles à monter, mais je ne voulais pas m’endetter de façon démesurée, pour continuer à investir ». Ce sera 50% d’equity et 50% de dette pour le LBO mené par Apax Partners et le management de Prosodie. « La dette doit être gérée à travers la rentabilité de l’entreprise, ce qui oblige à réfléchir à ses choix d’investissement et exige aussi une certaine rigueur quant à la gestion des opérations au quotidien ». Georges Croix en est persuadé, « on devient beaucoup plus rigoureux en tant qu’entrepreneur après avoir travaillé avec un fonds ».

Cinq ans après le LBO, en 2011, Prosodie est cédé à Capgemini. Mais l’actionnariat corporate n’a pas les faveurs de Georges Croix. « Dans les groupes, on est confronté à des enjeux politiques : luttes de pouvoir, guerres intestines… les collaborateurs n’ambitionnent pas que l’intérêt du groupe ».  Il quitte Prosodie-Capgemini en 2012. Peu après, « un jeune entrepreneur de 73 ans », le fondateur du groupe Econocom, demande à le rencontrer. « « J’ai envie de créer un projet avec vous » me dit-il ». Jean-Louis Bouchard met 100 millions d’euros de dette sur la table. « Il s’est conduit comme un fonds d’investissement. J’investis cet argent à ma guise en rachetant des sociétés » sourit Georges Croix. Dix-huit mois plus tard, Digital Dimension compte huit sociétés spécialisées dans la transformation digitale des grands comptes, pour un chiffre d’affaires consolidé de 100 millions d’euros.

4 conseils pour choisir son fonds d’investissement

Pour Georges Croix, il faut s’adresser à des gens qui comprennent votre métier. « C’était le cas avec Eddie Misrahi pour Prosodie », indique le PDG de Digital Dimension, qui ajoute qu’il a rencontré des fonds « qui se moquaient de l’activité de Prosodie et ne regardaient que les indicateurs de rentabilité ».

Deuxième point : la taille du fonds. « Trop petit, c’est catastrophique car il ne pourra pas vous accompagner dans vos futurs projets de développement. A l’inverse, si le fonds est trop gros, il risque de vouloir amplifier trop vite votre développement en imposant des acquisitions ».

« Attention au niveau d’endettement » alerte Georges Croix, qui a rencontré beaucoup de chefs d’entreprise qui n’hésitent pas à s’endetter lourdement. La dette doit être calibrée en fonction de son profil d’activité, de sa croissance et de sa rentabilité.

Dernier aspect, appelé à compter de plus en plus : l’international. « Quelle que soit la nature de l’entreprise, l’international est aujourd’hui essentiel ». Un fonds d’investissement doit ouvrir des portes en France et à l’étranger. « Ce critère de choix sera essentiel pour moi à l’avenir » conclut Georges Croix.