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Les grandes tendances qui transforment les ESN françaises

Alexandre MenardQuelles sont les grandes tendances qui vont transformer le secteur des Entreprises de Services Numériques (ESN) ? Quels avantages compétitifs feront la différence ? Réponse avec Alexandre Ménard, Directeur Associé de McKinsey & Company.

ESN : un secteur en pleine mutation

« Le secteur des services informatiques est déjà en pleine mutation et le mouvement est appelé à s’accélérer » commence Alexandre Ménard. Ses acteurs, grands comme petits, mettent les bouchées doubles pour se préparer à l’arrivée de nouveaux outils et de nouvelles offres. « On estime que le marché des services informatiques atteindra 1 100 milliards d’euros d’ici 2020, avec un taux de croissance annuel moyen (CAGR) de 5 %. » Avec 600 milliards d’euros attendus en 2020 (CAGR de 8 %), le marché des softwares n’est pas en reste. Une dynamique globale, portée par une tendance de fond, puisque les entreprises comptent dédier 75 % de leurs investissements au digital d’ici 2025. Sur ce secteur en forte croissance, Alexandre Ménard prévoit l’arrivée de nouveaux acteurs susceptibles de changer la donne comme « des spécialistes du digital avec des technologies de pointe ou des géants d’internet qui se tournent vers le BtoB. »

Si la France suit ces grandes tendances, elle est particulièrement exposée aux transformations de certains secteurs clés. L’open banking et la fintech se développent dans le domaine de la banque et de l’assurance. Au sein du secteur public, l’heure est aux smart cities et la e-santé. Enfin, le e-commerce et les nouvelles places de marché en ligne redessinent la distribution et les services.

« Le marché français des services informatiques représente aujourd’hui 28 milliards d’euros et devrait connaître une croissance annuelle de 4 % par an jusqu’en 2020. » Une croissance principalement soutenue par le développement du Cloud (+11 % p.a.), du consulting (+8 % p.a.) et l’implémentation d’applications (+2 % p.a.). Le marché software (9 milliards d’euros) affiche lui aussi des perspectives solides. « Nous anticipons une croissance rapide de 8 % par an jusqu’en 2020. » Ses moteurs ? Les applications métier spécialisées, un marché de 4,7 milliards d’euros, qui devrait enregistrer 9% de croissance annuelle, et les Progiciels de Gestion Intégré (ERP).

PME et grands groupes : besoins différents, dynamisme équivalent

« Les PME et les grandes entreprises ont des besoins bien spécifiques, qui nécessitent une stratégie de go-to-market et des offres distinctes. » Les PME veulent des outils simples d’utilisation, fiables et standardisés. Contrairement aux grands groupes, la plupart n’ont en effet pas internalisé de compétences techniques de pointe. « Les grandes entreprises recherchent du sur-mesure et disposent de ressources qualifiées pour suivre des projets plus complexes. » Charge aux ESN de trouver la bonne approche pour toucher ces deux cibles, sans quoi elles risquent de se retrouver à la traine.

Avec une taille de 3,7 milliards d’euros, le marché des PME est encore bien inférieur à celui des grandes entreprises (22,4 milliards d’euros). Mais ses acteurs s’approprient plus vite certaines innovations comme le Cloud. « 42 % des petites entreprises et 21 % des moyennes devraient franchir le pas d’ici 2020, contre 17% des grandes entreprises ».

Les PME sont particulièrement friandes des softwares. « Plus l’entreprise est petite, plus elle a recours à des logiciels », indique Alexandre Ménard. Conséquence ? Sur le marché des PME, les softwares devraient devancer les services IT. Peu d’ESN réussissent toutefois à « casser les codes des PME. ». Parmi les facteurs clés de succès cités par l’expert de McKinsey : une stratégie commerciale dédiée, une approche locale, des offres spécifiques et des process « automatisables et déployables à grande échelle. »

Les grands acteurs du secteur

Pour Alexandre Ménard, le paysage français s’organise autour de grandes catégories d’acteurs, qui ont en commun une forte présence à l’international – a minima en Europe. La première catégorie regroupe les « généralistes » avec d’une part les leaders présents sur différents verticaux (CapGemini, Atos, Accenture) et d’autre part des acteurs de premier ordre comme Gfi Informatique, Econocom, Thalès et Orange. La plupart des entreprises de la deuxième catégorie semble avoir fait le choix de concentrer leur expertise sur un vertical plus spécifique. Certains, comme GFI informatique, gagnent de la part de marché en tirant parti de leur présence régionale forte.

S’il existe des leaders incontestés, le marché des services informatiques se caractérise toutefois par son éclatement. « Les trois plus gros acteurs détiennent moins de 30 % du marché ». Sur le marché du software, les acteurs internationaux mènent la danse, à l’instar de Salesforce ou SAP. « Mais les ESN françaises ont su trouver leur place » ajoute Alexandre Ménard. C’est notamment le cas de Cegid qui s’est fait une place de choix sur le marché des concepteurs d’ERP. Pour autant, « le degré de consolidation du marché varie selon les segments ». Si sur le segment des concepteurs d’ERP, le trio de tête (Sage, SAP et Cegid) représente 53 % du marché, le segment Analytics et Business Intelligence (BI) est lui plus fragmenté. Reste à voir si les leaders d’aujourd’hui seront ceux de demain.