Interviews de dirigeants

Marchés financiers et actionnaire de référence : la stratégie de Dominique Cerutti pour transformer Altran

Le nouveau PDG d’Altran va transformer radicalement le business de l’engineering et de la R&D. Pour financer sa stratégie, il compte sur les marchés financiers et sur Apax Partners.

IBM : l’épreuve du feu

En 23 années passées chez IBM, Dominique Cerutti s’est forgé une certitude : un géant mondial au leadership incontesté sur plus de 150 pays peut disparaître. « Dans les années 1990, IBM a failli mourir de n’avoir pas anticipé le glissement de valeur du matériel informatique vers les services ». Dominique Cerutti voit le licenciement de centaines de milliers de personnes. Et se dit « Plus jamais ça ». Il assiste également, aux côtés du CEO Lou Gerstner, au sauvetage de Big Blue. « IBM a été sauvé par des chairmans iconiques. » Lou Gerstner invente le terme e-business, pivot de sa stratégie de création de valeur. « Il a repositionné IBM sur les services, en se concentrant sur des solutions informatiques adaptées aux clients ». Un CEO à l’aura planétaire qui marquera profondément le futur P-DG d’Altran.

La loi du marché

« Mon travail, c’est d’être connecté à notre industrie et à nos clients. Il faut comprendre les migrations de valeur attendues par le client pour réussir à les capturer et à les délivrer ». Dans le cas d’une entreprise cotée, le repositionnement stratégique doit être lisible des marchés. « La communication avec les marchés est un sport exigeant et assez gratifiant, car il se fait dans une logique dépolitisée ». Une approche qui correspond bien à ce patron passionné, même s’il en a expérimenté les mauvais côtés. « En étant 100% public, c’est difficile de mener les transformations profondes que l’on souhaite mettre en œuvre. Les marchés ne nous laissent pas toujours assez de temps pour cela ».

Pour se prémunir contre « l’impatience des marchés » pendant l’IPO d’Euronext qu’il réalise en 2014 en tant que P-DG d’Euronext Paris, Dominique Cerutti structure un actionnariat de référence composé de grands institutionnels européens. « La lisibilité exigée par les marchés oblige parfois à plus de radicalité – voire de brutalité – dans un monde qui l’accepte de moins en moins. Cela pousse les dirigeants à ne pas transformer l’entreprise comme ils le souhaiteraient : quand on est jugé sur les quatre prochains trimestres, on ne va pas investir dans de la R&D avec un retour de trois à cinq ans, alors que c’est ce qui fait la force de l’entreprise ». Dominique Cerutti relève aussi les « erreurs judiciaires » d’un marché qui, s’il peut réagir très positivement à des éléments « anecdotiques », ou à l’inverse se montrer exagérément sévère, a toujours raison.

Altran : le meilleur des deux mondes

A la tête d’Altran depuis six mois, Dominique Cerutti se réjouit d’une structure actionnariale mixte qui lui assure « le meilleur des deux mondes ». Altran est coté en bourse et a un actionnaire minoritaire de référence : le fonds d’investissement Apax Partners. « Nous pouvons poursuivre une stratégie de création de valeur saine : on ne me demande pas de faire des réductions de coûts, mais d’aller capturer la valeur en transformant l’entreprise ». En matière stratégique, Dominique Cerutti valorise le « toucher de balle » d’Apax Partners, qu’il juge supérieur à celui du marché.

« Dans l’engineering et la R&D, l’industrie s’est radicalement transformée. Les clients attendent de nous des solutions à haute valeur ajoutée intellectuelle et globalisées ». Au programme du plan stratégique récemment dévoilé par le P-DG : focus sur des solutions business qui parlent aux clients, cross-fertilization, développement de capacités à l’international pour assurer une global delivery inédite dans la R&D et globalisation de l’entreprise. « Nous attendons énormément de valeur de ce plan. De moins en moins de providers sont capables de se hisser à ce niveau de prestations : j’espère contribuer à l’émergence de nouveaux standards d’excellence dans cette industrie ».