Paroles d'experts

Post Merger Integration : à quoi faut-il s’attendre en 2016 ? Le pronostic du Boston Consulting Group.

paroles-experts-visuRisques réglementaires accrus, communauté financière aux aguets et timing minuté. Entretien avec Axel Reinaud, Senior Partner en charge des sujets PMI (Post Merger Integration) au Boston Consulting Group et Jérôme Hervé, Senior Partner en charge du Private Equity.

« Deux éléments expliquent le dynamisme des acquisitions constaté en 2015 : l’afflux de liquidités de la BCE et des paysages industriels encore fragmentés. Dans les TMT, les acteurs européens restructurent leur portefeuille. Les groupes pharmaceutiques cherchent, eux, les petites pépites. Pas un secteur n’échappe à la vague des acquisitions » estime Axel Reinaud.

Se prolongera-t-elle sur 2016 ? Pour Jérôme Hervé, cela ne fait aucun doute. « Peut-être avec un léger ralentissement, mais le contexte reste très favorable aux logiques de consolidation corporate. » Alors, à quoi doivent s’attendre les nombreux dirigeants qui se lanceront bientôt dans une PMI ?

La rigueur paye

« La PMI est un exercice parfois traumatisant, qui déteste l’incertitude et les approximations ». Pour gérer des opérations de plus en plus compliquées, les équipes du BCG ont systématisé leur démarche. Les succès du groupe BNP Paribas, qu’il accompagne dans sa stratégie d’intégration, sont pour Axel Reinaud, une preuve que « la rigueur paye ». « Toutes les acquisitions du groupe ont fonctionné, qu’il s’agisse de celle de Fortis, réalisée en un week-end, ou des opérations de rachat conduites en Pologne et en Turquie ».

Compter plutôt trois ans qu’un an et demi

Tendance lourde pour les deux Partners : l’intégration prend du temps. « L’échec de la fusion entre Publicis et Omnicom montre qu’un accord entre PDG ne suffit pas. » Définir un modèle de gouvernance n’est pas assez pour que la magie opère. Nombre d’intégrations échouent ainsi parce que les fusions sont à moitié faites. « Au bout de quelques mois, on pense que c’est bon parce qu’on a changé de logo et que les équipes sont côte à côte. Mais démonter les équipes d’intégration, c’est prendre le risque de laisser l’organisation plongée dans une nouvelle complexité ». Conclusion ? « Même si le top management a envie de passer à autre chose, il ne faut pas lâcher le manche trop tôt ».

La communauté financière scrute la création de valeur

Une acquisition repose sur une réflexion stratégique : étendre une gamme de produits, aller dans un nouveau pays, etc. « Si la logique de création de valeur consiste juste à éliminer les doublons des deux organisations, on rate une partie de l’enjeu business et on risque de créer du désordre. » Pour Axel Reinaud, la réussite de l’intégration dépend de la « capacité du dirigeant d’être rigoureux sur la création de valeur ». Un facteur qui a également les faveurs des investisseurs. « Tout le travail fait pour préciser la baseline de l’opération est extrêmement apprécié par la communauté financière. Le CEO doit donner des indications claires au marché ».

Entre cinquante et cent décisions par jour

Pendant l’intégration, les managers doivent prendre des décisions difficiles à un rythme qui ne leur convient pas vraiment. « Mieux vaut décider que se donner trois mois de plus et embourber le processus » résume Axel Reinaud. « Une PMI, ce sont deux entreprises qui doivent prendre ensemble entre cinquante et cent décisions par jour. Nous mettons en place une machine à prendre des décisions, en priorisant les enjeux stratégiques. »

La difficulté ? Aller vite, sans se précipiter. « La première phase définit les grandes orientations : construction de la baseline, constitution des groupes de travail, etc. Il est important d’y passer du temps – entre six et huit semaines – pour bien préparer le lancement des travaux. » L’étape suivante, le déploiement, exige une précision militaire. « Il faut veiller en même temps au rythme et à la synchronisation de l’ensemble ». Faute de quoi l’organisation se grippe.

Des régulateurs de plus en plus rigoureux

« La gestion des risques réglementaires prend de plus en plus d’importance » déclare Jérôme Hervé. L’intégration se fait dans un contexte légal qui doit être maîtrisé. « Pour éviter les problèmes de compliances avec telle ou telle régulation, une seule solution : encore plus de rigueur que d’habitude, à la fois dans les Due Dilligences et dans l’exécution ».