Paroles d'experts

Private Equity : le développement des marques

VirginiebourelantoinedréanDepuis quelques années, les plateformes d’investissement ont le vent en poupe. Antoine Dréan et Virginie Bourel, Président et Partner chez Triago, décryptent l’émergence des nouvelles marques du Private Equity.

Vers la consolidation du secteur

« Le Private Equity est une classe d’actif qui a 30 ans en Europe. Elle entre dans un âge mûr » décrit Antoine Dréan. Pour lui, une fois qu’ils ont validé une équipe qu’ils apprécient, les LPs sont ouverts et même favorables à la diversification de la société de gestion. « C’est un grand changement. Une fois que les LPs font confiance à certaines équipes de gestion sur un segment, qu’ils ont pu constater la qualité de leurs process, leurs performances, leur rigueur d’investissement, le fait qu’elles achètent au bon prix, leur pérennité… alors ils les accompagnent sur d’autres segments du Private Equity. » Le challenge pour les sociétés de gestion ? Former une bonne équipe, en ligne avec les valeurs et la qualité de la firme, soit en recrutant, soit en faisant venir une équipe existante de bonne réputation.

Ces dernières années, les LPs ont ainsi concentré leurs relations autour de grandes marques. « La rapidité des levées de fonds des plateformes de private equity montre que les LPs sont prêts à accompagner les équipes sur de nouvelles expertises », précise Virginie Bourel.

Si en France le phénomène est relativement récent, il existe depuis longtemps outre-Atlantique, avec des géants comme Carlyle, Blackstone ou KKR, qui se sont développés sur tous les segments. Mais ce qui ne concernait autrefois que les fonds large cap touche aujourd’hui le mid market.

« C’est une manière de faire preuve de dynamisme dans un secteur mûr. » Pour les gérants de small cap, se rapprocher de marques établies est un signal fort aux investisseurs. « Beaucoup d’investisseurs – notamment étrangers – ont du mal à confier des tickets significatifs à de petites équipes », indique Antoine Dréan. L’effet taille critique plaide ainsi en faveur de la consolidation.

Small et Mid cap, des piliers complémentaires

A l’instar d’EPF Partners qui a rejoint Apax Partners [lien vers la vidéo], les gérants répondent ou anticipent les demandes des LPs. « Le small cap est un segment de marché très actif et profond en France, mais la maturité du métier fait qu’il y a quand même de la compétition sur ces deals de petite taille et surtout un réel besoin d’accompagnement. » Les GPs doivent donc valoriser un positionnement spécifique. « Si le capital est le seul argument, ils seront battus d’avance. »

Antoine Dréan décrit un secteur dynamique, tant sur le plan des opérations que sur celui des sociétés de gestion « avec de nouvelles équipes qui entrent et qui disparaissent ». « Au sein d’un deal flow par construction supérieur à celui du mid cap, l’enjeu est d’attirer les meilleurs dirigeants par une offre d’accompagnement la plus riche possible, et ainsi viser in fine la performance ».

Sur les sujets de création de valeur, la logique de plateforme permet de mobiliser les bons moyens et les bonnes compétences. C’est notamment le cas sur la digitalisation, qui nécessite des ressources humaines et des expertises importantes. « Les gros gérants peuvent mettre ces ressources à la disposition des petites entreprises plus facilement. »

Autre levier cité par l’équipe de Triago : la spécialisation sectorielle, encore rare dans le small cap, où une grande majorité des équipes ont une approche généraliste. « L’organisation par secteur n’arrive souvent qu’au stade du mid cap. »

Enfin, Antoine Dréan et Virginie Bourel voient dans ces rapprochements une opportunité d’internationaliser davantage les entreprises small cap. « Les bonnes sociétés sont nombreuses, mais très peu vont à l’international. » D’après les statistiques des douanes françaises, moins de 5% de la valeur des exportations françaises viennent ainsi des PME et selon l’INSEE, leur taux d’exportation représentait seulement 10% de leur chiffre d’affaires en 2011. Antoine Dréan y voit la conséquence de ce que les acteurs professionnels, capables d’apporter une vraie valeur ajoutée sur l’international et le digital, sont moins nombreux dans le small cap que dans le mid cap. « Les plateformes de Private Equity sont en mesure d’offrir aux entrepreneurs de meilleures clés, car leurs équipes accompagnent déjà des entreprises plus matures », conclut-il.

La plateforme idéale ?

« C’est à la fois une plateforme que les équipes ont envie de rejoindre, qui est pré-validée par les investisseurs et qui attire les entrepreneurs. »