Paroles d'experts

Santé : comment assurer l’innovation ?

frederic_van_roeckeghemComment les assureurs publics et privés doivent-ils prendre en charge l’innovation ? Pour répondre à cette question, un expert à la double casquette : Frédéric Van Roekeghem, ancien Directeur Général de la CNAMTS et aujourd’hui à la tête de MSH INTERNATIONAL, un des leaders mondiaux des solutions internationales de couverture santé.

 

Innovation santé : de quoi parle-t-on ?

 

« L’innovation santé est un sujet très vaste. Je la définirai comme suit : l’ensemble des prises en charges qui améliorent l’état de santé global de la population avec un bon rapport bénéfice/risque ». Parmi les enjeux d’avenir, Frédéric Van Roekeghem en retient trois majeurs : la robotique, l’Intelligence Artificielle et la thérapie génique. La robotique d’abord : « portée par des PME innovantes, elle peut transformer profondément les modes opératoires des chirurgiens vers une logique plus rapide, précise et efficace ». L’Intelligence Artificielle ensuite. « Des système IA comme le fameux Watson d’IBM seront bientôt capables d’analyser toutes les données d’un patient (symptômes, antécédents familiaux, données comportementales, etc) et d’appliquer un savoir scientifique global à un individu unique ». Une Intelligence Artificielle évolutive qui pourra aussi comparer un patient particulier à tous les patients similaires avant lui, et trouver ainsi la réponse la plus personnalisée. « C’est le « data driven medicine » ». Quant à la thérapie génique, « elle va peu à peu prendre le relai sur la chimie et la pharmacopée – qui nous a déjà permis d’aller très loin – même si la route est encore longue du séquençage au traitement ».

 

Financer les vraies innovations, traquer les fausses

 

Face à ces bouleversements de la médecine, les assureurs doivent nécessairement s’adapter. « La vraie innovation, si elle a bien sûr un coût important sur le court terme, va sur le long terme faire baisser de façon importante les coûts directs des prises en charges ». Des améliorations des techniques d’anesthésie pour le traitement de la cataracte qui rendent les implants plus performants aux nouvelles prothèses de hanche qui améliorent la mobilité des seniors, les innovations santé vont également réduire les coûts indirects à la collectivité. « La règle veut qu’une découverte qui améliore l’état de santé de la population finira toujours par se déployer : par l’intermédiaire de l’intérêt collectif pour les assureurs publics, et de la libre concurrence pour les assureurs privés ».

 

Frédéric Van Roekeghem met cependant en garde contre un danger, celui de la « pseudo-innovation ». « A grand renfort de marketing, de fausses études et de lobbying, certains laboratoires poussent sur le marché des médicaments qui n’améliorent pas les solutions existantes, voir mettent en péril les patients, comme on a pu le voir récemment à Rennes  ». Face à ce constat, une priorité : déployer une expertise forte pour identifier les innovations disruptives – en opposition à celles dites « incrémentales », ou sans réelle valeur ajoutée.

 

Partager les risques entre les promoteurs et ceux qui financent

 

Les innovations identifiées, Frédéric Van Roekeghem plaide pour un partage équilibré des gains entre promoteurs et assurés, en travaillant sur les marges plutôt que sur le Chiffre d’Affaires. Il s’explique : « les gains des nouveaux traitements doivent être supérieurs aux anciens pour financer le vieillissement de la population et la R&D ». Il milite aussi pour que les promoteurs aient un ROI raisonnable : « pour certaines vaccinations comme celle contre l’hépatite C, les prix demandés par les laboratoires restent encore beaucoup trop élevés ». En parallèle de la lutte contre les monopoles, il plaide donc pour un système de paiement à la performance. « A l’instar de ce qui se développe au Royaume-Uni, il faut pouvoir vérifier dans la vie réelle que les promesses médicales sont au rendez-vous… et rémunérer en fonction les différentes parties prenantes ».