La valeur ajoutée d'Apax Partners

Table ronde sur la transformation digitale des ETI avec Monique Cohen, Bertrand Pivin et Thomas de Villeneuve

Monique Cohen, Bertrand Pivin et Thomas de Villeneuve partagent leurs observations sur les facteurs clés de succès de la transformation digitale et expliquent pourquoi, en tant qu’investisseurs, ils voient le numérique comme une opportunité de croissance pour les PME et les ETI françaises.

Le PDG, moteur de la transformation digitale

B-Pivin_M-Cohen_T-de-VilleneuvePremier ingrédient de la transformation digitale : l’implication du PDG. « En tant qu’administrateur, nous nous assurons qu’il existe, au sein du Comex, la volonté et les compétences pour mettre en œuvre la transformation digitale » décrit Thomas de Villeneuve, Directeur Associé spécialisé dans les TMT. « La présence d’un Chief Digital Officer n’est pas toujours une bonne chose et ne remplace pas l’implication du PDG et du Comex : tous doivent être conscients des enjeux du numérique » ajoute-t-il.

Pour sensibiliser les dirigeants des PME dont il est actionnaire, Apax Partners leur propose un séjour à Singularity University, une université de la Silicon Valley qui accueille le top management des plus grandes entreprises mondiales pour résoudre les « grands challenges de l’humanité ». Bertrand Pivin, Directeur Associé spécialisé dans les Services aux Entreprises et la Santé, en revient. « Singularity University aide les dirigeants à sortir de leur zone de confiance en leur exposant l’état de l’art des différents domaines de la recherche ».

Si une semaine sur cet ancien campus de la NASA permet de prendre conscience des dernières avancées technologiques, l’objectif du programme n’est pas, selon Bertrand Pivin, de « s’esbaudir devant la technologie », mais bien de réfléchir à la façon d’intégrer ces changements dans son business. « Nous savons que, demain, les voitures n’auront plus besoin de chauffeur. Au-delà de l’innovation technique, il faut se demander quel changement profond ce nouvel usage aura sur notre environnement, sur la consommation de ressources, sur la configuration des villes, sur les modalités d’assurance, etc. » explique-t-il.

Après la prise de conscience, il faut arriver à suivre les dernières innovations de son secteur. « Nous aidons les dirigeants à se tenir informés de tout ce qui touche à leur écosystème » indique Monique Cohen, Directrice Associée d’Apax Partners. Cette spécialiste des Services aux Entreprises et des Services Financiers analyse par exemple Le Livre blanc de l’innovation et de la transformation numérique de l’assurance avant de le transmettre aux dirigeants de TEXA, un acteur B to B de l’assurance qui fait partie du portefeuille d’Apax Partners.

Mesurer et incentiver

«Si l’on veut que la transformation digitale s’opère, on doit la mesurer » déclare Thomas de Villeneuve. « Il faut donc définir des KPI (Key Performance Indicators) qui permettent de mesurer l’avancée et les impacts de la digitalisation ». Prenant l’exemple d’InfoPro Digital, il cite pêle-mêle le nombre d’abonnés purement numériques, le nombre de développeurs. Pour le Directeur Associé, la digitalisation impacte l’ensemble de l’entreprise et de ses processus : workflow, conception des produits, choix informatiques, sources de revenus… Les KPI choisis devront refléter les différentes composantes de la transformation numérique engagée.

Au-delà du projet, les systèmes de rémunération et de gestion des ressources humaines doivent être adaptés. Il convient aussi de s’assurer que les incentives des équipes comprennent des éléments liés à la digitalisation.

Dernier élément du triptyque digital décliné par Thomas de Villeneuve: l’adéquation entre les objectifs et les budgets. « Le top management veille à ce que les objectifs fixés sur le digital soient réalistes, et débloque les ressources financières et humaines permettant d’investir dans ce qui permettra la digitalisation : l’IT, les personnes, etc. ».

Bertrand Pivin met en garde contre le poids de l’habitude et des idées préconçues : « Les réflexions comme « On a toujours fait comme ça » ou « Ça ne marchera jamais » phagocytent la transformation de l’entreprise ». Il invite ainsi les dirigeants à développer l’innovation « aux frontières de l’empire », sans mobiliser de ressources liées au core business – faute de quoi l’organisation existante risque de se sentir menacée et de tuer le projet dans l’œuf.

Comprendre la technologie

Les Associés d’Apax Partners sont unanimes : le dirigeant doit comprendre la technologie utilisée dans son entreprise. C’est l’une des conditions à l’émergence d’une « culture technologique ». Monique Cohen décrit l’implication de Pierre-Antoine Lagé, le Directeur Général de TEXA, dans la refonte récente du Système Informatique du Groupe.

Thomas de Villeneuve évoque quant à lui l’intérêt de l’« actif technologique » : « Développer son propre savoir-faire technologique tout en restant sur des plateformes ouvertes permet de créer une valeur supplémentaire pour l’entreprise ».

Fidéliser ses clients et améliorer son offre grâce au digital

Pour Monique Cohen, les acteurs du B to B ont, avec le digital, une réelle opportunité de se démarquer – et ce notamment grâce au Big Data, décrit comme « la capacité que l’on a à mettre en forme une information ». L’enjeu ? « Devenir le prestataire qui se préoccupe de remonter une information intelligente et lisible ». Une valeur ajoutée de plus en plus recherchée par les clients.

Thomas de Villeneuve est lui aussi convaincu que les PME peuvent aujourd’hui créer de meilleurs produits grâce au digital. Revenant sur InfoPro Digital, leader de l’information professionnelle en France, il explique comment le groupe a amélioré son offre média : archivage des contenus, plus grande profondeur de l’information, actualisation en continu, ubiquité… « Les technologies numériques ont permis à InfoPro Digital d’augmenter la valeur de ses produits et de proposer des solutions sur mesure.» conclut-il.

Comprendre d’où vient son risque

« Le plus gros risque, c’est de ne pas comprendre que le digital est avant tout une opportunité » déclare Thomas de Villeneuve. Cet expert des TMT considère que le digital ne devient un risque « qu’à partir du moment où les autres vont plus vite que vous et que les avantages concurrentiels sont nuancés ». Il encourage ainsi les dirigeants à se montrer offensifs et à accepter « de se mettre à risque ». Dans ce nouveau monde numérique, certains principes demeurent : la meilleure défense est toujours l’attaque.